Wes Anderson durant sa leçon de cinéma après la projection d'Asteroid City. Crédit : Anthéa Claux.
Wes Anderson durant sa leçon de cinéma après la projection d'Asteroid City. Crédit : Anthéa Claux.

Un trailer pour le prochain long métrage de Wes Anderson va-t-il arriver prochainement ?

A l’occasion de l’exposition dédiée à Wes Anderson organisée par la Cinémathèque française du 19 mars au 27 juillet, le prolifique réalisateur de Fantastic Mr. Fox et du Grand Budapest Hotel a fait une escale dans la ville lumière pour livrer une leçon de cinéma et une info exclusive sur The Phoenician Scheme son prochain film devant une salle comble.

Le temple du cinéma parisien a adopté le style Wes Anderson aux couleurs vives pour accueillir le cinéaste venu introduire le lancement de sa rétrospective accompagnant l’exposition qui lui est dédiée, au cinquième étage de l’institut culturel. Reprenant là où le public l’avait laissé, celle-ci a donc débuté le week-end dernier avec la projection d’Asteroid City, dernier long métrage en date du réalisateur présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2023.

Sorte de fusion incorporant tous les éléments distinctifs d’un long métrage de Wes Anderson, Asteroid City est un film imbriqué dans une pièce de théâtre au même titre mettant en scène un petit village perdu au milieu du désert aux Etats-Unis dans les années 50 et qui devient le décor de plusieurs histoires unissant les unes avec les autres des personnages aux traits bien définis. Un ensemble comique et coloré qui a servi de porte d’entrée à la conservation menée entre le réalisateur et Matthieu Orléan l’un des commissaires de l’exposition.

Alors si cela fait deux ans que les cinéphiles s’impatientent de retrouver du Wes Anderson sur grand écran, celui-ci leur a donné de quoi se mettre sous la dent en attendant la sortie de The Phoenician Scheme, son nouveau long métrage dont la sortie est prévue en mai 2025 – concordant éventuellement avec une projection exceptionnelle sur la Croisette où il est un invité régulier. Quand un fan dans la salle demande au cinéaste d’en dire plus sur ce dernier, celui-ci nous explique qu’il racontera l’histoire d’une grosse entreprise en Europe menée par Benecio Del Toro (déjà présent dans The French Dispatch du même réalisateur), d’une famille qui implose avec Michael Cera (Scott Pilgrim, Barbie) et qui tente de se reconnecter. Il ajoute :

Je crois que dans deux ou trois jours un trailer devrait sortir.

Devant l’exaltation dans la salle, il s’empresse de se corriger : « Euh plutôt une semaine, je ne sais pas ! » Si le film se déroule dans les années 50, peut-on imaginer un jour une histoire de Wes Anderson dans le présent ? Pas sûr… « Je suis intéressé dans l’idée de reconstruire le passé. Un film peut-être une machine à remonter dans le temps. »

Et en parlant de remonter le temps, revenons en arrière, au début de la conversation et sur Asteroid City.

Jason Schwartzman (en haut) dans la peau d’Augie Steenbeck. Scarlett Johansson (en bas) dans la peau de Midge Campbell. A droite l'alien en stop-motion. Tiré du film Asteroid City de Wes Anderson (2023). Crédit : Universal Pictures International France
Jason Schwartzman (en haut) dans la peau d’Augie Steenbeck. Scarlett Johansson (en bas) dans la peau de Midge Campbell. A droite l’alien en stop-motion. Tiré du film Asteroid City de Wes Anderson (2023). Crédit : Universal Pictures International France.

Une actrice, un journaliste et… un alien

Si le cinéma de Wes Anderson rappelle le théâtre par sa mise en scène où la direction de ses acteurs, jamais le réalisateur de A bord du Darjeeling Limited (2007) n’a pourtant mis les pieds sur le plancher d’une scène. « Je recrée le monde du théâtre au lieu dans faire partie. Ma contribution au théâtre est au cinéma. »

Dans Asteroid City, Edward Norton (Fight Club, American History X) incarne le dramaturge et Adrien Brody (Le Pianiste, The Brutalist) le metteur en scène. Au cœur de la pièce qui se déroule sous les yeux des spectateurs plusieurs personnages prennent vie – dont une actrice de cinéma, un reporter de guerre, et un bonhomme venu d’une autre planète.

L’actrice jouée par Scarlett Johansson, Midge Campbell, semble être inspirée de Marilyn Monroe ou Kim Novac dans Vertigo d’Alfred Hitchcock. Pour Wes Anderson, il était évident que si l’histoire se déroule dans les années 50 et qu’un tel personnage évolue dans les strass et les paillettes, celui-ci pourrait délibérément s’inspirer de ces icônes de son temps. C’est dans la petite ville d’Asteroid City que Midge Campbell fait la rencontre d’Augie Steenbeck, un photographe de guerre incarné par l’un des fidèles collaborateurs du cinéaste Jason Schwartzman (Rushmore, Fantastic Mr. Fox, A bord du Darjeeling Limited, Moonrise Kindgdom, The Grand Budapest Hotel, Isle of Dogs, The French Dispatch). Pour le réalisateur américain le plus européen, l’acteur semble « être tout droit sorti d’un film français. » Pas étonnant donc de le retrouver dans la grande majorité de ses films. Wes Anderson nous explique que son personnage est directement inspiré des photojournalistes de la célèbre agence Magnum et notamment Robert Capa. En bon « method acteur », le comédien ne quittait jamais son costume – visible d’ailleurs dans l’exposition – et se retrouvait même sur le plateau lorsqu’il n’avait aucune scène à jouer.

Tout ce petit monde assiste à l’arrivée surprenante au milieu du récit d’un alien venu récupérer le météore responsable de l’immense trou attraction phare de la ville. Une dimension SF nouvelle dans le cinéma de Wes Anderson.

C’est une ville avec ce trou de météorite au centre alors dès que nous avons su dans quelle direction aller le film, et que vous savez que durant la période dans lequel il se déroule, il y avait cette obsession pour mars et plus particulièrement les aliens hostiles – au sens littéral mais aussi métaphorique avec la chasse aux sorcières. (…) Roman, te souviens-tu quand l’alien est arrivé dans le processus d’écriture ?

Le regard de Wes Anderson se pose sur un homme assis au bout du troisième rang à gauche. Le public découvre alors la surprenante présence de Roman Coppola, fils du réalisateur Francis Ford Coppola et surtout scénariste de A bord du Darjeeling Limited, Moonrise Kingdom et Asteroid City. Il s’était mêlé dans la masse : « Il nous est apparu, si mes souvenirs sont bons. Nous ne sommes alors demandés, choqués, peut-on vraiment faire ça ? Il est apparu comme un rêve éveillé. »

Réalisé en stop motion – une technique d’animation à laquelle le cinéaste ne connaissait rien avant de réaliser Fantastic Mr.Fox (Cristal du long métrage et prix du public au Festival d’Annecy en 2009), et neuf ans plus tard L’Ile aux chiens – l’alien est un élément déroutant et comique du film qui, dans sa version théâtrale est incarné par Jeff Goldblum. « L’alien, c’est lui, vraiment ! » s’exclame Wes Anderson.

Wes Anderson lors de sa leçon de cinéma après la projection d'Asteroid City à la Cinémathèque française. Crédit : Anthéa Claux.
Wes Anderson lors de sa leçon de cinéma après la projection d’Asteroid City à la Cinémathèque française. Crédit : Anthéa Claux.

Mission to Spain

Si l’on devait décrire une œuvre de Wes Anderson, on dirait qu’il s’y dégage un goût prononcé pour la symétrie, le style rétro et kitsch, et une abondance de couleur qui rendent l’ensemble artificiel. Dans Asteroid City, ce sentiment se ressent notamment à travers les décors. A l’origine, le film devait être tourné au Texas là où est originaire le cinéaste lui-même. De Monument Valley en passant par la Vallée de la Mort, il était convenu de trouver un désert avec à proximité un hôtel 4 étoiles capables d’accueillir les équipes de tournage et les acteurs. Mais plus le projet avancé, plus l’artificialité qui s’en dégageait ne permettait plus de tourner au milieu d’un paysage vallonné. Wes Anderson explique :

J’ai senti le besoin de construire tout le paysage. L’histoire étant en plus une pièce de théâtre qui prend vie, je me suis dit qu’il était juste que le décor soit aussi comme au théâtre.

En route donc pour un terrain plat en Espagne – toujours près d’une accommodation confortable – pour construire un décor d’un peu plus d’un kilomètre de long, comprenant même les roches.

« Je n’ai jamais été doué pour faire un film sur une chose… »

S’il trouve lui-même avoir quelque chose de très français, ce n’est pas un hasard. Inspiré par la Nouvelle Vague française, du cinéma de Truffaut et de Jacques Tati, Wes Anderson commence sa carrière dans les années 90 et fait la connaissance à l’université de Owen Wilson – son ami désormais et fidèle collaborateur. Ensemble, ils écrivent le scénario de Rushmore (1998) et le public les découvre. La consécration arrive au début du nouveau millénaire avec La Famille Tenenbaum avec Ben Stiller et Gwyneth Paltrow, nommé en 2001 à l’Oscar du meilleur scénario original. Le réalisateur enchaîne les longs métrages et obtient en 2014 au Festival de Berlin le grand prix du jury ainsi que le BAFTA Meilleur scénario original pour The Grand Budapest Hotel.

Au fil de l’exposition de la Cinémathèque française qui lui est consacré, les fans suivent l’évolution de son travail avec des objets issus des tournages comme des décors et des costumes, ainsi que des carnets de bord dans lesquels Wes Anderson notait toutes ces idées. Celui de The Phoenician Scheme est en revanche toujours en sa possession, nous indique-t-il.

En combinant une visite et le visionnage d’un de ses longs métrages programmés par l’institut culturel, les cinéphiles découvrent tout ce qui fait de son cinéma un ensemble d’œuvres distinctes et visuellement uniques.

Le détail de la rétrospective qui se prolonge jusqu’au 25 mai est disponible sur le site de la Cinémathèque française.

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